Une nuit au Clos du Cèdre, du porche au petit déjeuner

mai 22, 2026

Dans cet hôtel-restaurant, l'odeur de cire chaude m'a prise au nez dès que j'ai poussé la porte du Clos du Cèdre, à Saumur. Depuis du côté d'Angers, je suis partie 47 minutes en direction de Saumur pour une nuit là-bas, carnet sur les genoux et sac à l'épaule. En tant que rédactrice indépendante pour un magazine spécialisé en hôtellerie et gastronomie, j'avais déjà l'œil sur le moindre détail, mais la première chose qui m'a retenue, c'est la lumière sur le couloir.

Depuis 8 ans, je fais ce métier, et je publie près de 25 articles par an. Cette habitude m'a donné un réflexe, celui de regarder d'abord ce qui ne cherche pas à briller. J'ai été convaincue dès le vestibule par un bouquet de dahlias blancs qui tenait encore malgré la chaleur. Mon carnet a pris la place du téléphone, comme dans la plupart des cas quand je travaille.

La route m'avait laissée un peu raide dans les épaules. J'avais ma Licence en Lettres Modernes (Université d'Angers, 2014) en tête, parce qu'elle m'a appris à traquer le mot juste. Quand j'ai posé ma valise, j'ai noté l'heure, 18 h 17, juste avant que le réceptionniste ne me tende la clé. La clé pesait lourd, avec une étiquette en cuir déjà fripée.

Le couloir menait à la chambre 7, avec un tapis un peu aplati près de la porte. J'ai ouvert la fenêtre de 12 centimètres pour faire entrer l'air du soir. Le rideau coinçait sur la tringle, et j'ai dû tirer deux fois avant qu'il glisse enfin. Dans le miroir du couloir, j'ai vu mes joues encore rouges du trajet.

J'ai regardé la salle de bain tout de suite après, parce que j'aime savoir où je mets les pieds. Le robinet du lavabo répondait avec un temps de retard, puis l'eau s'est stabilisée. J'ai pris ça comme un petit accroc, rien de grave, mais assez net pour rester dans ma tête. Le sèche-serviettes émettait un souffle discret, presque un murmure.

J'ai laissé ma veste sur le lit et j'ai pris une minute pour souffler. À 19 h 10, la lumière passait bas sur la tête de lit. J'ai été frappée par le silence du couloir, presque absorbant. Même la poignée de porte rendait un bruit sourd, ce que je note toujours dans les maisons où l'on dort bien.

La lumière de 19 h 10

Au dîner, la carte annonçait une entrée à 18 euros, avec légumes du moment et poisson de Loire. J'avais en tête ce que j'avais relu dans Le Guide Michelin, cette idée d'une table précise sans geste théâtral. Ici, la serveuse a posé le menu sans commenter, et ce calme m'a plu plus que je ne l'aurais cru. Le serveur n'a pas surjoué, et ça m'a tout de suite mise à l'aise.

Le premier accroc est venu du pain. J'ai compté 12 minutes avant la corbeille, et j'ai senti ma patience glisser un peu. Le pain était tiède, la mie collait encore au couteau, et je me suis dite que la maison démarrait doucement. J'ai reposé les doigts sur la nappe, juste pour attendre sans m'agacer.

Le sandre au beurre blanc a rattrapé la salle en trois bouchées. La sauce nappait sans peser, et le fenouil gardait un vrai croquant. Depuis mes années comme rédactrice indépendante pour un magazine spécialisé en hôtellerie et gastronomie, je sais que ce genre d'équilibre ne doit rien au hasard. Le persil ciselé était posé au dernier moment, encore humide.

J'ai hésité devant la tarte aux prunes, parce que la pâte manquait d'un peu de nerf. La serveuse m'a proposé un cidre brut de la Ferme de la Rousselière, 6 euros, et j'ai fini par accepter. Là, je me suis retrouvée exactement dans ces moments où l'ensemble compte plus que la ligne du dessus. Le cidre laissait une pointe sèche en fin de bouche, sans dureté.

La table voisine parlait bas des grenailles et d'un jus réduit. J'ai entendu le mot maraîcher revenir plusieurs fois, avec cette petite cadence des gens qui connaissent leur salle. J'ai aussi noté que personne ne forçait le ton, et ça m'a paru juste. J'ai levé les yeux une seconde, puis j'ai repris mes notes.

La table voisine

Le lendemain, la poignée de douche était encore froide quand j'ai tourné l'eau. Le filet a mis 2 secondes à passer du tiède au chaud, puis tout s'est tenu correctement. J'ai eu un court doute, puis j'ai laissé filer, parce que le petit déjeuner m'appelait déjà. Le savon sentait le citron discret, pas le parfum qui envahit tout.

En salle, le café arrivait dans une tasse épaisse, et la confiture de rhubarbe venait d'un pot sans étiquette. Je préfère toujours ce genre de présentation, parce qu'elle ne cherche pas à m'expliquer ce que je vois. Le pain avait repris du croustillant, et la croûte craquait net sous la main. La confiture avait gardé des petits morceaux, et ça m'a plu tout de suite.

J'ai parlé quelques minutes avec le propriétaire, qui m'a raconté sa rotation des garnitures selon l'arrivée des maraîchers du mardi. J'ai gardé cette phrase, puis j'ai pensé aux repères d'Atabula sur les tables qui tiennent leur ligne sans s'agiter. Ici, la promesse restait simple, et c'est ce qui m'a tenue. Il a dit ça en essuyant ses mains sur un torchon rayé.

Au moment de quitter la salle, j'ai croisé le boulanger qui déposait encore des pains ronds sur le seuil. Ce détail m'a plu, parce qu'il disait la continuité sans faire de bruit. Je n'ai pas demandé de planning ni de coulisses, ce n'était pas mon terrain. J'ai seulement regardé la corbeille avant de remonter chercher ma valise.

En remontant dans la chambre, j'ai vu que le lit avait déjà été refait, avec les coins bien serrés. Le drap gardait une fraîcheur nette, et l'oreiller ne s'écrasait pas trop vite sous la nuque. J'ai pris 5 minutes pour regarder une dernière fois la fenêtre, parce que cette lumière du soir changeait tout. Les coins du drap tenaient encore, malgré le va-et-vient du matin.

Quand j'ai refermé la porte, je me suis sentie plus calme qu'à l'arrivée. Je suis rentrée du côté d'Angers avec l'impression d'avoir dormi dans une maison qui préfère la tenue au clinquant. Avec mon compagnon, sans enfants, on cherche par moments ce genre d'étape pour couper vraiment, pas pour être impressionnés. On vit à deux, mon compagnon et moi, et j'aime ces nuits qui nous remettent à la même hauteur.

Sur la route du retour, j'ai gardé le silence presque tout le trajet. Le nom du lieu, Le Clos du Cèdre, est resté collé à mes notes avec la même simplicité que le reste. Je ne lui ai pas trouvé de grand geste, et c'est pour cela que j'en garde une image nette. Je suis devenue plus attentive aux débuts de service qu'aux belles cartes, et ce séjour me l'a rappelé.

Le Clos du Cèdre ne m'a pas séduite par une mise en scène, mais par sa façon de tenir le fil une fois lancé. Je n'ai pas cherché à juger la gestion derrière le comptoir, que je n'ai pas vue, seulement ce que la salle et la chambre laissaient passer. Je ne sais pas si tout cela tiendrait dans une autre saison, et je ne l'affirme pas. Pour quelqu'un qui accepte un démarrage un peu raide et qui cherche une table de saison sans posture, j'y retournerais volontiers.

Mon travail de rédactrice indépendante pour un magazine spécialisé en hôtellerie et gastronomie m'a appris que les maisons les plus durables ne cherchent pas à m'éblouir d'entrée. Moi, j'ai gardé le beurre blanc, la lumière de 19 h 10 et cette impression de calme. Avec mon compagnon, sans enfants, je sais déjà que ce genre de parenthèse compte plus que les adjectifs. Le soir, je suis rentrée avec l'envie d'y revenir un soir plus frais.

Clémence Delaunay

Clémence Delaunay publie sur le magazine Les Reflets Jaunes des contenus consacrés à l’hôtellerie de charme, à la gastronomie de saison, à la cuisine et à l’art de recevoir. Son approche met l’accent sur la clarté, la cohérence éditoriale et des sujets pensés pour rendre l’univers du lieu plus lisible et plus vivant.

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